Plus forts ensemble ?
Pôles. Est-il possible, aujourd¹hui, de dépasser la dualité
centre-ville et périphérie au sein du commerce ? Un début
de réponse nous est donné par les Unions commerciales de
deux villes moyennes : Amboise et Bourgueil
Catherine Geffroy
Le pôle d’Amboise est le premier des
pôles secondaires du département.
Constitué des communes d’Amboise,
Nazelles-Négron, Pocé-sur-Cisse, il
affiche un commerce de centre-ville de
bon niveau et une périphérie bien achalandée
: le Centre commercial Léonard de
Vinci au sud-est qui s’appuie sur un hypermarché
Leclerc et le Centre commercial
“Rive droite” au nord qui s’organise
autour d’un Intermarché et d’un
Bricomarché. Et pourtant : directement
situé dans l’aire d’attraction de l’agglomération
tourangelle, le commerce y enregistre
une forte évasion des achats non
alimentaires vers l’agglomération. Le
centre-ville, en particulier, sait qu’il lui
faudrait améliorer son attractivité auprès
de la population locale. A l’autre bout du
département, le pôle de Bourgueil, bien
que plus réduit, n’en joue pas moins un
rôle structurant dans le nord du Chinonais.
Il s’organise autour d’un centre-ville,
assez diversifié, avec de bons commerçants
spécialisés, et d’un centre commercial
au sud, “La grande prairie”, qui s’est
constitué autour d’un Hyper U de forte
attraction. Là encore, le commerce doit
faire face à une forte évasion non alimentaire,
non seulement vers l’agglomération
tourangelle mais également vers Saumur.
Amboise et Bourgueil constituent deux
exemples parmi tant d’autres de ces villes
moyennes qui se trouvent confrontées à de
nouvelles problématiques. Vu leur potentiel,
elles ne peuvent pas prétendre à l’équipement
commercial des grandes villes.
Mais, le consommateur, lui, est mobile : il
n’est pas à 20 ou 30 minutes près de déplacement
automobile quand il sait qu’à l’arrivée
il y a le grand centre commercial de
périphérie avec ses enseignes et son
stationnement assuré ou bien le commerce
du centre-ville de Tours avec ses points de
vente spécialisés et ses marques. Le
concurrent du centre-ville d’Amboise ou
Bourgueil, ce n’est plus tant les grandes et
moyennes surfaces en périphérie de la ville
que l’agglomération tourangelle ou
Saumur qui concentrent une offre plus
vaste et des enseignes nationales connues
et reconnues. Bien que cette concurrence
intra muros existe quand même : dans des
communes comme Amboise ou Bourgueil,
la montée en puissance du commerce périphérique
peut dresser une barrière
commerciale entre le centre-ville et sa zone
de chalandise si l’on n’y prend garde. Et
pourtant, le commerce d’une ville forme
un tout. Les responsables de grandes
surfaces le savent bien : Jean-Pierre
Meunier, responsable du Bricomarché de
Pocé-sur-Cisse, est conscient “qu’en tant
que commerçants de périphérie, il nous
faut un centre-ville attrayant et fort. Nous
avons nous tous, commerçants, un intérêt
économique à travailler ensemble.” Jean-
Michel David, responsable de l’Hyper U
de Bourgueil, en est convaincu “Il faut un
centre-ville fort qui porte l’image de
Bourgueil et de ses vins pour que le
commerce vive. Pour cela, il faut tous se
mettre ensemble.”A Amboise, comme à
Bourgueil, on est passé en 2005, aux véritables
travaux pratiques.
Trèfle à quatre feuilles. Printemps 2005, l’Acva, “Association
Commerçants Val d’Amboise” lance un
jeu trafic, baptisé “Jeu du trèfle” et doté de
lots attractifs. Le trèfle symbolise les trois
pôles commerciaux d’Amboise : un coeur
vert pour le centre-ville, bleu pour le
Centre commercial Vinci, rouge pour le
Centre commercial Rive droite. Le
quatrième, de couleur blanche, représente
le client. L’objectif est que le consommateur
fasse tamponner son bulletin de jeu
sur chacun des trois pôles et donc qu’il se
déplace de l’un à l’autre. “Le but final,
expliquent les trois co-présidents de
l’Union commerciale, commerçants
détaillants au centre-ville, c’est de montrer
qu’on peut tout trouver en Val d’Amboise
et de contrer l’évasion vers l’agglomération
tourangelle”. Et de faire comprendre
au consommateur que les trois pôles
d’Amboise forment un tout. “Les trois
sites ont communiqué sur le thème du pôle
d’Amboise, renchérit Jean-Pierre Meunier.
C’est Amboise tout entier qui doit être attractif. On a fait à cette occasion de la
publicité sur le Loir-et-Cher : si les habitants
du département voisin viennent en
périphérie, il y a toutes les chances qu’ils
viennent aussi en centre-ville”.
Pour sa première édition, l’opération a
connu un impact intéressant auprès de la
clientèle. Elle a en plus permis aux partenaires
de se connaître. “Avant on les
voyait de loin, et on imaginait beaucoup
de choses” déclarent en souriant les coprésidents
de l’Union commerciale. “On
s’est aperçu que si les grandes surfaces
ont de gros moyens en logistique, en
moyens de communication nous avons,
nous, de l’imagination et nous savons
faire preuve de créativité et de
débrouillardise. Chacun a ses points forts
et ses points faibles.” Et demain ? Du côté
du commerce traditionnel, le bilan est
positif : “On a fait une opération, on a vu
que c’était possible. Il y a des leçons à en
tirer. On a envie de travailler avec eux”.
De son côté, Jean-Pierre Meunier positive
: “Une telle opération suppose des
concessions de part et d’autre. Mais on
recommencera. Et on envisagera sans
doute une opération plus commerciale
pour 2006”.
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| En Val d’Amboise et à Bourgueil, les pôles commerciaux et les commerçants de centre-ville ont
mené des actions communes d’animation afin de fidéliser les consommateurs sur leur territoire. |
Différent et complémentaire. Jean-Pierre Lesot, président de l’Union
commerciale de Bourgueil, en est
convaincu : “Il n’y a pas lieu de se faire la
guerre entre commerce traditionnel et
grande distribution, il y a une clientèle
pour les deux circuits. Bourgueil a la
chance d’avoir de bons commerçants
spécialisés. Mais l’ Hyper U draine une
clientèle jusqu’à une vingtaine de kilomètres
à la ronde : peu de commerçants
indépendants peuvent prétendre à une
telle zone de chalandise. Il faut bénéficier
de cet apport”. Comme Jean-Michel
David, responsable de l’Hyper U, il est
convaincu que centre-ville et périphérie
ont intérêt à travailler ensemble, “sinon,
on perd la clientèle au profit de Tours et de
Saumur”. Et à Bourgueil, quand on parle
de travailler ensemble, on ne plaisante
pas : sur les 150 commerçants et artisans
que compte Bourgueil, 67 sont adhérents
de l’Union commerciale. Soit la quasi
totalité des commerçants et presque tous
ceux de la périphérie, Hyper U compris.
Et quand une animation commerciale se
met en place, tout le monde met la main à
la pâte : l’Union commerciale organise et
gère, l’Hyper U se charge de toute la
communication et la mairie assure la
logistique. Rassurez-vous, pour en arriver
à ce résultat, il aura fallu une vingtaine
d’années et quelques hommes volontaires
et obstinés. Quand Jean-Michel David,
commerçant de Bourgueil, a voulu créer
son supermarché dans les années 80, il a
d’abord rencontré l’opposition du
commerce traditionnel local. Au fil du
temps, des relations de travail se sont
créées. Jusqu’à l’entrée, en 2000, de Jean-
Michel David dans l’Union commerciale.
Depuis, la coopération s’est renforcée et a
donné naissance à deux opérations fortes :
le marché de Noël et la braderie.
La première édition de la braderie a vu
le jour en 2005. Organisée au centreville,
elle présente l’originalité d’avoir
associé 23 commerçants du centre-ville
et 7 grandes surfaces de la périphérie
“montées” pour l’occasion au centreville.
Si le bilan n’a pas été exceptionnel
sur le plan financier, il s’est avéré
très positif au niveau de l’ambiance et
des relations entre commerçants. En
2006, c’est sûr, ils recommenceront
“plus fort et en ouvrant à d’autres
commerces”. Quant au marché de Noël,
il connaîtra cette année sa troisième
édition et espère 120 exposants.
Si, pendant longtemps, la tension a été
vive entre le centre-ville et la périphérie,
les évolutions des comportements de
consommation et du paysage commercial
conduisent les professionnels à trouver
des modes de fonctionnement nouveaux.
Le consommateur est libre, pluriel et
nomade : il consomme où il veut, quand
il veut. Le commerce de centre-ville et
celui de la périphérie répondent chacun à
des attentes différentes de sa part. Les
deux ont leur nécessité. Et si la périphérie
draine un volume de clientèle supérieur
à celui du centre-ville, il faut arriver
à ce que le centre-ville en tire bénéfice.
L’objectif est que le consommateur
consomme un maximum sur sa ville ou
son agglomération en réduisant son
évasion commerciale. Il faut donc envisager
l’espace commercial d’une ville
dans sa globalité et mutualiser les efforts
pour retenir les clients de la zone de
chalandise et l’agrandir. L’enjeu est de
taille : il s’agit de développement durable
local et donc d’emploi, à conserver ou à
développer.
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