Chez eux, ce n’est pas la zone !
 
Exemple
à suivre
 
Signalétique, gestion des DIB, Pôle Nord Industries se distingue en matière d’organisation collective de zone industrielle. L’initiative a dépassé le stade de la réflexion et entre maintenant dans sa phase opérationnelle. Un exemple à suivre !
“Il faut être tenace”. On n’est pas loin de le croire, quand on songe qu’il s’est écoulé quatre ans entre l’idée d’une signalétique homogène et efficace, et sa mise en place. Bernard Bolze et Armand Blottin, respectivement président et vice-président de l’association Pôle Nord Industries, créée il y a cinq ans, sont philosophes : “Dès lors que l’action est collective et que la décision est politique, la patience est de mise”. Mais les résultats sont là : depuis septembre, des mâts signalant l’entrée de la zone sont relayés par une signalétique de proximité : “La mairie de Tours souhaitait que cela soit fait en même temps que l’ouverture du barreau nord”, précise Bernard Bolze, responsable de Sanitaire Equipements.
Avec la signalétique, un deuxième axe, plus difficile à concrétiser, avait été choisi par l’association : la gestion collective des déchets industriels banals (DIB), dans le but d’optimiser le budget déchets des entreprises et d’en réduire le coût par une approche commune.
Rappelons que les DIB sont aux entreprises (industries, commerces, services, artisans) ce que les ordures ménagères sont aux particuliers. Ils sont constitués de bois, papier, carton, plastique, verre, caoutchouc, cuir ou matière organique. “Le vrai souci de notre zone, c’est le bois, le carton et le papier. L’ensemble constitue 70% des déchets”, souligne Bernard Bolze.
 
Sensibiliser
au coût et à l’environnement
 
    “Nous avons sensibilisé les cinquante-cinq entreprises adhérentes à ce que leur coûtait le traitement des déchets. Beaucoup qui, comme moi ne s’étaient jamais livrés à ce calcul, ont été frappés du montant de la facture”, raconte Bernard Bolze. Et ainsi, ont compris l’intérêt économique présenté par une gestion collective des déchets, dont par ailleurs le coût d’élimination n’ira qu’en qu’augmentant.
L’environnement est l’autre argument de poids en faveur d’une action collective, malgré une prise de conscience moins immédiate : “Aujourd’hui de nombreuses entreprises n’ont pas le sentiment de porter atteinte à l’environnement. Elles connaissent souvent mal la nature et la quantité de déchets qu’elles génèrent ainsi que leurs obligations réglementaires”, remarque Sylvain Masiero, directeur de Solen, bureau d’études en environnement.
En effet, les entreprises n’ont plus que deux ans devant elles avant la mise en application de la nouvelle réglementation : “Mieux vaut prendre les devants”, estime Armand Blottin, res-ponsable de la communi-cation chez STMicroelectronics, groupe modèle en matière de traitement et de valorisation de ses déchets. “Et puis, on ne perd rien à accroître l’attractivité de la zone industrielle”.
 
Une opération
pilote
 
    Pour mémoire, la loi de juillet 1992 interdit, à partir de 2002, l’enfouissement pur et simple des déchets dans les décharges, à l’exception de leur part non valorisable.
“En outre, beaucoup d’entreprises ignorent qu’elles sont responsables de leurs déchets, y compris après s’en être séparé”, insiste Armand Blottin.
Compte-tenu du caractère composite des entreprises adhérentes à Pôle Nord Industries, la poursuite du projet s’est vite avérée complexe : “Une fois achevée la phase de sensibilisation, il nous est apparu que nous n’irions pas plus loin sans une aide extérieure. De toutes façons, nous manquions de temps et de compétences ! ”, reconnaît Bernard Bolze. Aussi l’association a-t-elle fait appel aux services d’un bureau d’études en environnement et gestion collective des déchets, qui a déjà l’expérience d’une action similaire menée en Haute-Normandie.
Son rôle consiste à établir un diagnostic au cas par cas, auprès des entreprises partenaires de l’opération, à dégager ensuite les besoins collectifs des entreprises, et à proposer enfin différentes hypothèses d’organisation.
En région Centre, l’initiative originale de Pôle Nord Industries est devenue opération pilote. Elle bénéficie, à ce titre, du soutien financier de l’Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et de la Drire (direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement). Reste à transformer l’essai de cette action collective. L’exemple de Dieppe, dans la zone industrielle de Rouxmesnil-Bouteilles, est encourageant. Les dix-huit entreprises participantes, épaulées et conseillées par le même bureau d’études qu’à Tours, sont parvenues à une solution de co-ramassage sélectif des déchets. Elles se disent satisfaites de l’opération qui leur a permis de se représenter clairement leur production de déchets et d’améliorer leur gestion.
Et puis - ce qui ne gâte rien - les échanges entre industriels s’en sont trouvés favorisés.

Anne-Christine BECARD

 
TEMOIGNAGE
Un effet déclenchant !
 
    “L’idée, je l’avais depuis longtemps. Mais il est vrai que l’action entamée par Pôle Nord a eu un effet déclenchant”. Denis Passenaud est à la tête de l’entreprise familiale du même nom, dont le métier de ferrailleur remonte à quatre générations. Aujourd’hui, il profite de l’étude de marché grandeur nature, donnée par la phase préparatoire de l’opération, pour élargir son offre de services à la collecte des déchets, même non métalliques, et à leur tri. Le terrain déjà acheté, n’attend que son permis, pour qu’y soit construit un bâtiment : destiné au tri à couvert, il devra être suffisamment haut (dix mètres) pour pouvoir y “benner” des camions. Projet dans le projet, Denis Passenaud veut aussi créer une déchetterie réservée aux industriels, qui convienne aussi aux entreprises générant peu de déchets ou de façon irrégulière.
L’ensemble représente un investissement très lourd de plusieurs millions de francs, construction et matériel compris. “Mais j’y crois !” Rendez-vous en 2001.