Résoudre le problème des déchets
industriels banals demande une
participation active de tous les
membres de l'entreprise.
270 000 tonnes de déchets industriels banals (DIB) seraient produits par les entreprises de Touraine, avec un taux de valorisation inférieur à 50 %. L'échéance de 2002 approchant, enfouir le problème n'est plus la solution.

    "Bravo ! la consommation du papier a diminué de 50 % ce mois-ci " : de petits pannonceaux affichés au-dessus de la photocopieuse informent des résultats et encouragent l'effort des salariés. Un indice parmi d'autres qui témoigne de la prise en compte de l'environnement par STMicroelectronics.
    La législation française distingue trois types de déchets : les déchets ménagers, les déchets industriels banals (DIB) et les déchets industriels spéciaux (DIS).
    La réglementation de cette dernière catégorie est généralement bien connue des entreprises qui en sont productrices. Les DIB, quant à eux, concernent toutes les entreprises, quelle que soit leur taille : ce sont "tous les déchets produits par une entreprise industrielle, artisanale, de service ou commerciale, à l'exception des déchets toxiques, dangereux, inflammables, explosifs, de santé ou agricoles. Pour être considérés comme banals, ces déchets ne doivent pas être souillés".
    Autrement dit, les DIB sont aux entreprises ce que les ordures ménagères (OM) sont aux particuliers : déchets d'emballage, déchets de bureaux, plastiques, plâtre, métaux, etc. Est-ce parce qu'ils paraissent anodins que les entreprises s'en soucient peu ? Les résultats d'un questionnaire sur le sujet, adressé à 760 entreprises de Touraine - moins d'un quart ont répondu - ont révélé deux difficultés majeures : le coût de l'élimination des DIB et le manque d'information sur les filières existantes et sur la réglementation. La très brève échéance de 2002 (voir encadré) et les directives européennes exigeant la réduction des déchets à la source imposent de se pencher au plus vite sur la question : "Dans ce domaine, mieux vaut être précurseur que subir, car il est toujours plus simple d'instituer de nouvelles habitudes en douceur. On risque moins de se heurter à la résistance au change-ment", estime Patricia Dalle, responsable des grands magasins C&A du Mans et de Tours.

Moins
de déchets...
   "Veiller à ce que l'impact de notre entreprise sur l'environnement soit totalement neutre, tout recycler, ne rien gaspiller, n'utiliser que l'énergie renouvelable, générer autant d'oxygène que nous en consommons...", tel est le rêve de Pasquale Pistorio, PDG du groupe STMicroelectronics. Le système d'amélioration continue, institué dans les dix-huit sites du groupe, a reçu les certifications Eco audit et Iso 14001, respectivement en 1996 et 1997.
    Même préoccupation éthi-que de laisser la planète propre, chez la famille Brenninkmeijer, fondatrice, il y a plus de 150 ans, de l'enseigne C&A aux Pays-Bas : les cinquante-deux magasins implantés en France ont été certifiés Iso 14001 entre 1996 et 1997. "Les deux audits par an ne sont pas contraignants car l'habitude de nouveaux gestes et de nouveaux comportements est prise", assure Patricia Dalle.
    Que ce soit chez STMicroelectronics ou chez C&A, la protection de l'environnement, et plus particulièrement le traitement des DIB, passent par deux règles simples : la réduction des déchets et leur valorisation. Profiter de l'outil informatique pour archiver et n'éditer que l'indispensable, correspondre par courrier électronique font désormais partie des réflexes de ces deux entreprises pour consommer moins de papier : "Nous avons supprimé les listings informatiques trop gourmands en papier et nous avons préféré le format A4. Du coup, nous avons aug-menté la consommation de ce type de feuilles. Depuis, nous n'utilisons plus que du papier recyclé", explique Jean-Louis Bouju, responsable de la logistique et de l'environnement chez STMi-croelectronics. "Avec le courrier électronique, nous avons réduit le papier d'au moins 40 %", assure Patricia Dalle. Chez C&A, la sensibilisation du personnel à la réduction des déchets est telle qu'elle suscite des initiatives : "Les vendeuses apportent leur propre verre non jetable de manière à n'utiliser qu'un gobelet en plastique par jour et par personne", souligne-t-elle. Les sacs en plastique imprimés C&A ne le sont plus que sur une seule face pour éviter l'encre trop polluante. Car une fois intégrée, la logique de l'entreprise "propre" s'étend aux moindres détails : les crayons de bois publicitaires sont bruts, sans vernis, ni peinture.

 
Chez C&A à Tours, la participation active demandée au personnel afin de protéger l'environnement s'avère bénéfique en interne

... plus
de recyclage
    Pas de recyclage sans tri. Chez STMicroelectronics, le tri commence par se loger sous les bureaux, dans des poubelles à quatre compartiments séparant papier, plastique, divers bureau, autres. Il se prolonge au cœur d'armoires "point vert" placées dans les zones de bureaux et destinées à recevoir, par étagère, listings, papiers, piles, cartouches et rubans pour imprimantes et enfin fournitures de bureau contenant un produit chimique (stylo, correcteur, etc.). Il aboutit enfin dans six bennes de stockage en plein air, accueillant respectivement le papier, le verre et le plastique, le carton, les déchets ferreux, le cuivre, les déchets compactés. Résultat : sur les 418,5 tonnes de DIB produits par an par le site de Tours-nord, 65 % sont recyclés, 23 % sont incinérés, 11 % sont mis en décharge.
    "C&A a pour règle d'or de ne plus jeter à la poubelle cintres, cartons, housses en plastique, cassettes vidéo. Tout est réutilisé ou recyclé", assure la responsable qui ne cache pas que la démarche demande une nouvelle organisation, du temps et un investissement financier (création d'un service environnement, formation...).
    "Là n'est pas le problème : protéger l'environnement est l'une des valeurs fortes du groupe et j'en suis très fière. En outre, la participation active demandée au personnel, qui favorise les initiatives, est valorisante et bénéfique en interne. Je regrette seulement qu'on ne le fasse pas suffisamment savoir à l'extérieur de l'entreprise", commente Patricia Dalle.
    Chez STM on estime que "l'environnement ne coûte rien" et qu'en tout état de cause, mieux vaut adapter d'emblée son activité aux normes les plus sévères que de s'y résoudre lorsque la loi vous y oblige. En outre, revoir ses procédés de production dans la perspective d'un meilleur respect de l'environnement conduit à adopter les techniques les plus avancées et, à terme, les moins coûteuses. Enfin, avoir l'image d'une entreprise "propre" a des répercussions bénéfiques en externe, en matière de recrutement notamment.
 
S'organiser : l'exemple de
Pôle Nord Industries
   On pourra toujours opposer que les témoignages recueilllis sont le fait de deux grands groupes dotés de moyens plus importants qu'une PME ou qu'une PMI. C'est exact. Toutefois, dès lors qu'il s'agit de réduire les déchets à la source, la solution tient autant, sinon plus, à une prise de conscience et à l'appropriation de nouveaux comportements qu'à une question de moyens : il n'est pas plus cher de donner les fins de rouleaux de caisse enregistreuse aux écoles maternelles que de les jeter à la poubelle : il suffisait seulement d'y penser.
    Au-delà des initiatives individuelles, des actions collectives peuvent apporter des amorces de réponses aux problèmes liés à l'environnement. C'est le cas de l'association Pôle Nord Industries, regroupant 45 sociétés des anciennes zones de Saint-Symphorien, les Douets et la Milletière. Comment éli-miner plus de 6 000 tonnes de déchets par an, dont plus de 4 000 de DIB ? "Une première enquête auprès des adhérents sur le mode de traitement de leurs DIB a révélé deux difficultés" explique Armand Blottin, l'un des vice-présidents de l'association : "La première est de cerner les besoins : ils sont différents selon que l'on est un coiffeur, un laboratoire ou une société de cartonnage. La seconde découle de la première : on ne peut pas avancer sans le soutien financier des collectivités locales. Notre vrai résultat, pour l'instant, c'est d'avoir réussi par cette démarche inédite à sensibiliser les différents acteurs au problème". Depuis, un groupe environnement réunissant plusieurs entreprises (le GIMIL, la DRIRE, la Chambre de Métiers et la CCI) réfléchit et travaille sur la gestion des déchets industriels banals en Touraine. C'est une première étape qui a le mérite de démontrer qu'on ne trouvera une solution qu'avec la participation active des uns et des autres.

Anne-Christine BÉCARD

 
STMicroelectronics a préféré adapter d'emblée son activité aux normes environnementales les plus sévères plutôt que de s'y résoudre contraint par la loi

L'échéance ultime 2002,
issue de la loi de juillet 1992, arrive bientôt à son terme. A partir de cette date, les centres d'enfouissement technique - autrement dit les décharges - ne pourront plus accueillir que les déchets dont on a extrait la part valorisable ou qui ne sont plus susceptibles d'être traités dans les conditions techniques et économiques du moment.
En outre, les déchets produits devront être traités strictement à l'intérieur du département. Or, selon l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), les entreprises d'Indre-et-Loire enfouissent 130 000 tonnes de DIB par an, dont 50 000 hors du département.
D'après l'objectif du plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés, élaboré par la Préfecture, le tonnage de DIB annuel dans les décharges ne devra pas dépasser 82 000 tonnes d'ici à 2005.